Accords magnétiques

Engagée dans une réflexion de fond sur l’état de la photographie et les possibles qui se présentent à elle, l’équipe de programmation de l’Immixgalerie est toujours au contacts des écoles d’art, des ateliers d’artistes qui en sont fraîchement issus, des salons et des manifestations consacrée à la jeune création. Salon de Montrouge, Portes ouvertes des ateliers des Beaux-Arts, festival Circulations : autant de confirmations, de découvertes, d’indices pour savoir comment l’histoire du médium se transmet et évolue.

Etant nous-mêmes investis dans la pédagogie, la transmission et l’accompagnement artistique, nous voyons une sorte de continuité de ces actions dans le fait d’ouvrir l’espace de la galerie à des collaborations avec des écoles, des ateliers et des enseignants. Il y a un an, l’exposition Foot Out avait réuni plusieurs étudiants des Beaux-Arts de Paris réunis dans l’atelier de Jean-Luc Vilmouth. Cette année, nous avons fait appel à Paul Pouvreau, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles. En 2010 Paul Pouvreau avait participé à l’Immixgalerie à l’exposition Moi, Toi, Ici, Là. A cette occasion et par la suite, il nous a manifesté son soutien et ses encouragements. Il nous est apparu comme une chance de le voir accepter cette Carte Blanche : une chance de suivre son regard artistique. Une chance d’avoir un aperçu de la (ou des) direction(s) artistique(s) de cette institution. Un état des lieux du devenir de la photographie, de la façon dont elle s’écrit au présent et peut-être, se conjuguera au futur à travers trois artistes pleins de promesses.

Bruno Dubreuil / IMMIXgalerie


Suite à l’invitation de Carlo Werner, Bruno Dubreuil et Olga Caldas, j’ai souhaité présenter le travail de trois étudiants, Laurie Dall’Alva, Jonathan Lhense et Marine Segond. Trois photographes dont j’ai suivi et apprécié le travail durant les trois années d’études qu’ils ont effectuées à l’Ecole de Photographie d’Arles. Depuis l’obtention de leur diplôme et d’aucuns de promotions différentes ils poursuivent désormais leurs projets en tant que jeunes artistes indépendants.

Cette liste aurait bien évidemment pu être plus longue si le lieu l’avait permis. Mais plutôt qu’une collection d’images il m’importait de donner suffisamment de place à chacun, afin de rendre visible la singularité de leur univers.

C’est sous le titre générique  Accords Magnétiques  que je présente le travail de ces trois photographes. 

Ce qui les réunit, c’est d’abord la même attention à l’image, avec cette même volonté d ‘aboutir à une représentation précise et épurée. Chacun d’eux s’accorde à rechercher dans sa pratique de la photographie, la prégnance d’une force visuelle. En effet, les images qu’ils nous présentent  sont toutes empreintes d’une force d’attraction qui vient en quelque sorte aimanter le regard. C’est ce qui fait leur accord. Et c’est ce que l’on entend quand trois notes différentes sont jouées en même temps.

Ils ont autre chose en commun : dans leur travail, l’enregistrement des choses du monde se donne à voir comme un monde parallèle. Car la vraisemblance du visible se teinte aussitôt d’une vision photographique déroutante et insoupçonnable. On a le sentiment, à la vue des photographies de Laurie, Marine et Jonathan, que le réel se saisit dans l’intervalle des choses sous la forme d’une réalité fragmentée et énigmatique. Ainsi, on devine insidieusement que les signes du visible se doublent chez chacun d’eux, grâce à la surface proprement sensible de la photographie dont ils explorent la face cachée, celle d’un envers des choses. Comme si la réalité de la représentation du monde ne pouvait faire l’économie de cet inconscient visuel à l’oeuvre chez chacun de nous. 

Paul.P, Paris le 25 mai 2015


En guise de conclusion, nous avons posé 3 questions à Paul Pouvreau.

L’Ecole d’Arles a-t-elle une identité spécifique ?

PP : ce n’est pas ce qui est cherché. Nous n’avons pas volonté de faire école ni de créer un mouvement comme a pu le faire, par exemple, l’école de Düsseldorf. Chaque étudiant est là pour développer sa recherche personnelle. Il faut préciser que l’école forme à la photographie mais aussi à la vidéo et, de façon plus générale, à l’image.

L’identité se forme peut-être en creux ? On a l’impression que certains genres de la photographie (reportage, photo de mode, autobiographie intimiste) sont peu représentés parmi les travaux d’étudiants…

PP : c’est vrai mais il y en a quand même, et toutes les directions restent ouvertes. L’accent est surtout mis sur la recherche du fait visuel. Comme le montre l’exposition, il peut se traduire dans des formes très différentes. L’usage d’internet crée aussi un nouveau rapport à l’image, génère des travaux autour de la notion de réappropriation. La pratique photographique continue à évoluer.

Le passage par l’école modifie-t-il beaucoup les étudiants ?

PP : oui, c’est ce que j’observe. Il faut bien dire qu’un cursus de trois années, c’est très court. C’est surtout la première année qu ‘on constate une évolution très forte et parfois, une importante remise en question. Les deux années suivantes vont souvent représenter une consolidation de cette première année.

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