Ma chaire image

Ma chaire image

 

Carton recto  Carton verso

 

Hsinli Wang, Dominique-Paul Strubel

Exposition du 7 au 29 novembre 2008. Vernissage jeudi 6 novembre de 19h30 à 22h.

 

L’image est posée devant nous. Par force. Partout. Elle participe de la société du spectacle, s’exhibe, se pare de vérité. Se vide de toute substance. Alors, l’art cherche. A réinvestir l’image. A lui redonner un corps, une chair. Avec des gestes, presque des rituels différents, c’est dans ce champ que s’expriment Hsinli Wang (photographie et vidéo) et Dominique Paul Strubel (photographie et pointe sèche). Réinventer une pratique de l’image comme corps : toucher, pétrir, gratter, frotter, griffer, atteindre la chair de l’image.

Il n’y a aucune violence chez Hsinli Wang. Elle prend vos mains entre les siennes avec une douceur infinie. Parle de ses études loin de son pays (Taïwan), de ses proches qui lui manquent. Vous montre ses photos attaquées au cutter, hachurées, où parfois, les parties grattées laissent apparaître en réserve la silhouette d’un corps ou un visage. Le geste advient pour que la photo se perde : en même temps que la matière photographique est arrachée, l’image se recouvre d’oubli, le souvenir s’efface.

La troublante vidéo intitulée « Au plaisir » utilise d’autres moyens pour transposer cette même volonté d’effacement du visible à un questionnement sur le corps féminin et son plaisir : l’image, par surexposition, est éclaboussée de lumière ; et le flou d’une lame qui entre presque en contact avec l’objectif de la caméra et le corps, l’amène au bord de la perception.

Les polyptiques de Dominique Paul Strubel s’inscrivent dans une esthétique plus lestée de références historiques et mythologiques, mais c’est pourtant la même danse d’érotisme ou de mort qui se joue autour du médium photographique. Et cette danse est aussi celle du photographe et de son modèle, celle du photographe, devenu graveur, incisant les lourdes plaques de cuivre qui recouvriront son image pour mieux l’imprégner. Ici, le corps primitif et vulnérable semble pris dans un double réseau de traits : celui des branchages au milieu desquels il fuit mais aussi celui de la gravure qui vient se mêler à l’image, faisant glisser, au fil des panneaux, le plan du réel et de la représentation sous celui du trait et de son énergie brute. On pense à ces fétiches africains piquetés de clous et de pointes et que l’on surnomme « objets de grand pouvoir ».

Un corps à corps avec l’image : pour ceux qui croient encore que la photographie recèle une puissance à sa surface-même.

 

Bruno Dubreuil / Immixgalerie

Hsinli Wang / Dominique-Paul Strubel


Accrochage


Vernissage